37.1753, Confs: L’étymologie dans la poésie française (XIVe-XVIIe siècle) (France)
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Wed May 13 17:05:02 UTC 2026
LINGUIST List: Vol-37-1753. Wed May 13 2026. ISSN: 1069 - 4875.
Subject: 37.1753, Confs: L’étymologie dans la poésie française (XIVe-XVIIe siècle) (France)
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Date: 11-May-2026
From: Cécile Margelidon [cecile.euler at ens.psl.eu]
Subject: L’étymologie dans la poésie française (XIVe-XVIIe siècle)
L’étymologie dans la poésie française (XIVe-XVIIe siècle)
Date: 21-Jan-2027 - 22-Jan-2027
Location: Paris, France
Contact: Cécile Margelidon
Contact Email: cecile.euler at ens.psl.eu
Meeting URL: https://antiquite.ens.psl.eu/
Linguistic Field(s): History of Linguistics; Ling & Literature
Subject Language(s): Ancient Greek (to 1453) (grc)
French (fra)
Latin (lat)
Submission Deadline: 30-Jun-2026
Argumentaire:
La poésie française est souvent étudiée dans la continuité de ses
fondements antiques, grecs et latins, en particulier sur les plans
thématiques et génériques. En revanche, le recours des poètes à
l’étymologie a fait l’objet d’études plus sporadiques ou intégrées à
de plus vastes enquêtes linguistiques (Rigolot 1977 ; Demonet 1992),
alors que l’histoire d’un mot, depuis son berceau grec ou latin
principalement, a de longue date passionné les poètes. Ces journées
d’étude proposent donc de réfléchir à la manière dont les poètes
français ont choisi leurs mots en fonction de leur étymologie, ont
commenté l’origine des mots, ou, plus largement, ont joué avec les
étymologies. Cet objet d’étude engage à la fois le champ des
recherches sur la réception de l’Antiquité, notamment à travers
l’approche linguistique, et les études qui s’intéressent à la
conception de la poésie et de son rapport privilégié à la vérité.
Étymologie désigne en effet le discours sur le vrai dans son
adéquation à la vérité (ἔτυμος) : d’origine stoïcienne, le terme a
connu une grande fortune dans l’Antiquité et au Moyen Âge où
l’étymologie est devenue une « forme de pensée » (Curtius 1956 ;
Belardi 2002 ; Sluiter 2015). À la Renaissance, le statut de
l’étymologie comme mode d’accès à l’essence des êtres et des choses
constitue une interrogation cruciale des grammairiens, des historiens,
des exégètes et des philosophes (Demonet 1998). « Lieu » de la
rhétorique et « trope » (Goyet 1991), l’étymologie pourrait encore
constituer un terrain d’observation privilégié de la poétique des
genres du XIVe au XVIIe siècle, en différenciant par exemple la
fréquence d’utilisation de l’étymologie, son positionnement
argumentatif et sa visée en termes rhétoriques, ses motivations
affectives, intellectuelles ou idéologiques, ou encore ses liens,
formulés ou implicites, avec la recherche de la vérité – éléments dont
la présence dans les traités grammaticaux latins et français du XVe et
du XVIe siècle a fait l’objet d’un riche numéro de la revue Histoire
Épistémologie Langage en 1994. Nous voudrions ainsi amener à réfléchir
sur la place et la valeur de l’étymologie dans la poésie française. Il
existe une gamme complète de procédés étymologiques jouant avec
l’origine des mots qui va de la discrète allusion à la complète
explication d’un nom. Dans quelle mesure et de quelles manières
l’étymologie peut-elle intervenir dans le processus de création
poétique ? Quelles conceptions de la langue et de sa valeur
induit-elle ? Quel rapport des poètes français au latin et au grec
ainsi qu’à leur propre langue souligne-t-elle ? Quelles sont les
modalités du repérage des jeux étymologiques ?
1. Question diachronique
Le choix d’un empan diachronique de quatre siècles permettra de suivre
l’évolution du rôle de l’étymologie dans la poésie française au cours
de plusieurs périodes de transitions fondamentales dans l’histoire de
la littérature française. Depuis la fin du Moyen Âge jusqu’à la
naissance de la littérature moderne au XVIIe siècle, en passant par
l’époque charnière de la Renaissance, le rapport à l’Antiquité et aux
langues anciennes est prédominant chez des auteurs qui s’appuient sur
le modèle ancien dans l’élaboration d’une langue et d’une littérature
françaises modernes. Ce vaste ensemble chronologique permettra, en
même temps qu’une étude de l’évolution des pratiques poétiques de
l’étymologie, de fructueuses comparaisons entre les périodes. En
effet, du XIVe siècle au XVIIe siècle, la poésie française s’est
affirmée dans son rapport à la littérature latine. Les poètes ont
réfléchi à la formation d’une langue poétique autonome, mais attachée
à ses racines poétiques et linguistiques. Ces efforts pourront être
observés notamment au prisme de l’orthographe : l’introduction de
lettres quiescentes durant les périodes de relatinisation de la langue
française (Cazal et Parussa 2015) sert-elle, en poésie, des jeux de
mots spécifiques (dérivations ou paronomases par exemple) ? Quels
positionnements des auteurs sur l’étymologie peut-on déceler à partir
de leurs préférences orthographiques (Catach 1968) et de leurs
exploitations poétiques ? L’étymologie apparaît ainsi comme l’un des
lieux où s’illustre la langue française dans sa dimension historique.
Les poètes du XIVe siècle présentent d’ores et déjà de nombreux jeux
avec l’étymologie, aussi bien par une remarquable créativité lexicale
que par des rapprochements plaisants. Ainsi Eustache Deschamps
joue-t-il, dans son poème sur Chaucer, du lien « ethimologique » qu’il
suppose entre Anglicus, Anglus et Angelus (Ducos, 2026). Les éléments
éponymiques qu’on trouve dans les épopées du XVIe siècle connaissent
déjà des parallèles, notamment dans La Prise d’Alexandrie de Guillaume
de Machaut où l’explication des noms contribue à la caractérisation
des personnages tout en posant les jalons d’une interprétation
allégorique. Au XVIIe siècle, l’étymologie, malgré la désaffection de
plus en plus marquée pour « tout ce qui sent l’école », nourrit la
catégorie du bel esprit qui trouve un terrain de jeu privilégié dans
les recueils de poèmes mondains. Jean-François Sarrazin s’amuse par
exemple dans le poème adressé « À Monsieur le Duc et à quelques dames
de ses amies » à décliner humoristiquement l’étymon carmen : « La
nature a mis de grands charmes / En la vertu de quelques carmes / Non
pas des carmes déchaussés / Mais des carmes doux et lissés », les
derniers renvoyant aux vers poétiques.
2. Étymologie et histoire de la langue française
Si la langue française est issue de la langue latine et s’est
construite dans sa continuité, il faut s’interroger sur la
connaissance que pouvaient avoir les poètes de l’histoire de leur
langue, de son rapport à des langues sources, latine, grecque ou
autre, notamment l’hébreu. On peut ainsi se demander comment
l’histoire de la langue et l’explication des mots se traduisent en
poésie. L’enrichissement de la langue par des emprunts a pu amener à
de nouvelles étymologies ou à des jeux sur ces emprunts par torsion ou
modification d’un terme. La concurrence possible entre plusieurs
étymologies pour un même nom amène aussi les poètes ou bien à choisir
une version ou bien à combiner deux possibilités, comme le fait
Bouchet dans ses Généalogies, où il rappelle l’origine de Françoys par
Francus mais aussi par l’adjectif francus, « franc ». On pourra
étudier avec profit la question de la connaissance qu’ont les poètes
de leur langue, connaissance conditionnée par les sources auxquelles
ils peuvent avoir accès.
On s’interrogera en outre avec profit sur la réception de la culture
étymologique antique et médiévale dans la poésie française. L’héritage
d’Isidore de Séville (mort en 636) pourra faire l’objet de fructueuses
recherches (Fontaine 1992 ; Verger 1992; Elfassi 2016 ; 2022), tant le
savant wisigoth a imprégné la pensée occidentale par ses Étymologies,
vaste encyclopédie où l’étude des noms est le prélude à la
connaissance du monde (Draelants 1996). Mais l’influence d’autres
penseurs fera également l’objet de réflexions fécondes, en particulier
celle de Lorenzo Valla et de ses Elegantiae linguae Latinae (Chomarat,
1994). On pourra tout aussi bien s’interroger sur l’influence de la
lexicographie, de la culture scolaire, des commentaires (Waquet 1998).
En regard de ces sources savantes ou scolaires, on pourra ensuite
considérer les sources littéraires et envisager notamment la réception
des étymologies poétiques antiques, auquel cas il en va de la
réception de la littérature grecque et latine dans la poésie
française. Par exemple, Ronsard, dans ses Sonnets pour Hélène (112-113
; II, 9, 1-4 et 32 ; I, 3), reprend l’étymologie de Hélène par gr.
ἑλεῖν, infinitif aoriste de gr. αἱρεῖν, « prendre », que l’on trouve
chez Eschyle puis chez Ovide. De la même façon, La Fontaine, dans « Le
Paon se plaignant à Junon », fait dire à Junon qui s’adresse au paon
qui se plaint de sa voix : « Toi […] qui te panades », où se panader
signifie « faire le paon » et est mis à la place de se pavaner : au
lieu du mot issu de l’italien padana, « danse de Padoue », le
fabuliste préfère une forme incorrecte qu’il tire de pavo, -onis, «
paon ». Le jeu est d’autant plus remarquable qu’il se retrouve dans «
Le Geai se parant des plumes du paon » et fonde sur l'étymologie le
caractère typique et naturel de l’animal. Par un jeu de va-et-vient,
c’est ce caractère propre à l'animal qui peut poser les jalons de la
lecture morale de la fable. Ces enquêtes pourront en outre amener à
s’interroger sur la fonction théorétique de l’étymologie : dans quelle
mesure ouvre-t-elle un chemin d’accès à la connaissance de la vérité ?
Cet enjeu, très présent dans les jeux étymologiques du Moyen Âge
(Guiette 1959), est-il encore actuel aux XVe, XVIe et XVIIe siècles ?
On peut aussi se demander si les « nomenclateurs », figures mythiques
et légendaires de l’attribution des noms sont représentées – on songe
ici à la fable « Le cas de conscience », où La Fontaine réécrit les
versets de la Genèse où Adam est chargé de donner un nom aux
créatures.
Le prisme de l’étude étymologique amène donc à l’étude de l’érudition
poétique et de la réception des œuvres antiques, grecques et latines.
Les pratiques étymologiques pourront ainsi être reliées à des
pratiques de traduction, et plus largement aux relations entre la
langue française et la ou les identité(s) nationale(s) : les
étymologies favorisent-elles le latin, le grec voire, selon la théorie
du « celthellénisme », le breton ? (Rey, Duval, Siouffi 2011 : 396-399
; 433-435). Il sera encore bienvenu de mettre en perspective les
pratiques étymologiques avec le souci de défense et d’illustration de
la langue française qui anime les poètes de la Pléiade, pour poser en
particulier le problème du « transfert » d’une langue en l’autre qui
se présente à Du Bellay sous l’image de la greffe (Meerhoff 1986).
3. Étymologie et genres poétiques
Il convient de déterminer s’il existe des genres poétiques plus
propices à l’écriture de l’étymologie. Cette pratique permet-elle en
particulier d’observer des différences entre les genres et entre les
styles (Galand-Hallyn et Hallyn 2001) ? L’épopée contient-elle plus
d’explications de noms ? Dans le registre épidictique en particulier,
il faudra s’intéresser de près aux usages élogieux ou au contraire
satiriques de l’étymologie et voir s’il est possible de les
différencier. Enfin, un « jeu » étymologique peut aussi être « ludique
» (Demonet 1998 : 63) et être utilisé pour réaliser un trait d’esprit
repérable par le lecteur avisé. Ainsi, la connaissance des textes
antiques permet à Ronsard d’affirmer qu’avril est « ce mois qui du
beau nom d’Aphrodite s’appelle » (Sonnet « Je sens de veine en veine
une chaleur nouvelle ») selon l’étymologie donnée par Ovide dans ses
Fastes (IV, 61).
Par ailleurs, le recours à l’étymologie s’inscrit dans la longue
histoire de l’intérêt des poètes pour la création de noms motivés et
de jeux avec la formation et la construction lexicale. On trouve déjà
chez Homère l’explication du nom d’Ulysse / Ὀδυσσεύς à partir de
ὀδύσσομαι, « s’irriter contre », dans le cadre du récit de la nourrice
rappelant la naissance du héros (Od., XIX, 406-412). C’est le propre
de l’éponymie, catégorie de l’étymologie (Delattre 2018), d’inscrire
le nom dans le récit de son attribution : l’épopée et la tragédie
antique ont utilisé ce type de raisonnement aussi bien pour motiver le
comportement du héros que pour expliquer l’histoire des lieux : la
dimension politique et sociale de l’étymologie y est nette. Aux XVe et
XVIe siècles, la motivation onomastique rencontre des enjeux proches
dans le cadre encore féodal qui gouverne les relations entre les
poètes et les Grands (Ménager 1979 ; Lionetto 2025), par la louange
d’un nom ou d’une nation, dont le personnage de Francus, des
Illustrations de Jean Lemaire de Belges à La Franciade de Ronsard, est
sans doute l’exemple le plus connu (Desbois-Ientile 2019). Au XVIIe
siècle, de nombreux poèmes galants sont adressés à Phyllis ou Phillis,
étymologiquement « celle qu’on aime », dont le type est présent dans
les Héroïdes d’Ovide (2, « Phyllis à Démophoon »), les Bucoliques de
Virgile (3, 107), et l’Astrée.
Mais la question de la remotivation et, même, de la « rétro-motivation
» (Guiraud 1972) par l’étymologie invite aussi à enquêter sur
l’élaboration de la fable poétique ou « mythe » par le choix des mots
et, de là, à s’interroger sur les relations entre vérité et
imagination créatrice à la Renaissance et l’âge classique. Le mot
dévoile-t-il la chose ? Quel rôle et quel statut l’étymologie occupe-t
elle dans le champ de l’invention ?
La question de l’étymologie permettra donc d’initier une nouvelle
approche de la réception classique, grecque et latine, au prisme de la
compréhension des mots et des jeux avec les connaissances
linguistiques et littéraires du lecteur. Si la journée portera
spécifiquement sur la poésie française du XIVe au XVIIe siècle, nous
espérons qu’elle sera la première d’une réflexion plus large sur les
rapports de la poésie française aux langues grecque et latine.
Les propositions de communication (environ 300 mots) accompagnées
d’une brève bio-bibliographie, peuvent être envoyées jusqu’au 30 juin
2026 aux trois adresses suivantes :
lorene.bellanger at free.fr
cecile.euler at ens.psl.eu
adele.payendelagaranderie at univ-nantes.fr
Comité d’organisation:
Lorène Bellanger, Université de Caen Normandie
Cécile Margelidon, ENS de Paris et Université de Tours
Adèle Payen de La Garanderie, Nantes Université
Comité scientifique:
Déborah Boijoux (Nantes Université)
Gilles Couffignal (Sorbonne Université)
Marie-Luce Demonet (Université de Tours)
Catherine Gaullier-Bougassas (Université de Caen Normandie)
Francis Goyet (Université Grenoble Alpes)
Arnaud Perrot (Université de Tours)
Daniel Petit (ENS de Paris)
Tiphaine Rolland (Sorbonne Université)
Gilles Siouffi (Sorbonne Université)
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Cazal, Yvonne, Parussa, Gabriella (2015). Introduction à l’histoire de
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