Le yiddish, une langue errante

Alkistis Fleischer fleischa at georgetown.edu
Sat Nov 16 23:42:24 UTC 2002


A press review of a book about Yiddish, in French. 
AF


Le Devoir.com
Histoire - Le yiddish, une langue errante
Naïm Kattan
Édition du samedi 9 et du dimanche 10 novembre 2002

Titre VO : LE YIDDISH, HISTOIRE D'UNE LANGUE ERRANTE

Description : Jean Baumgarten, Éditions Albin Michel, Paris, 2002, 281 pages.

Langue des juifs ashkénazes, originaires d'Europe, le yiddish est né d'un métissage de dialectes, de langues vernaculaires, des langues de la Bible et du Talmud: rencontre de plusieurs éléments qui ont fini par se métamorphoser en vecteur d'échange, donnant lieu à l'expression d'une culture et la naissance d'une littérature.

     
Jean Baumgarten remonte à l'Antiquité et au Moyen Âge pour retracer les origines de cette langue : l'hébreu, l'araméen, l'allemand. Plus tard, quand les Juifs s'installèrent dans divers pays de l'Europe de l'Est, la présence des langues slaves -- le tchèque, le russe, le polonais -- en a modifié la structure. 

Ainsi, loin d'être un dialecte germanique, un allemand dégradé comme le veulent certains préjugés, le yiddish s'est constitué au cours de siècles en langue sans territoire précis, sans l'appui d'un pouvoir d'État, répondant aux besoins d'un peuple dispersé, forgeant, au passage de plusieurs générations, son vocabulaire et sa grammaire. Ce parler de communautés généralement pauvres se frayait son chemin entre deux voies bien précises. Celle de l'assimilation, de l'adoption des langues majoritaires, l'allemand, le russe, le polonais et celle de l'obéissance à une tradition rigoureuse, celle des écrits saints, de l'hébreu. 

Langue populaire, le yiddish fut, à partir du XVIIIe et surtout du XIXe siècle, l'option des Juifs laïcs qui cherchaient à s'affranchir de la tradition sans pour autant se fondre dans la culture majoritaire. Langue de débats vifs qui opposaient des sionistes qui prônaient le retour à la terre des ancêtres et des bundistes, socialistes partisans d'une expression nationale dans les pays où ils se trouvaient. 

On évaluait, dans les années trente, le nombre des locuteurs du yiddish à onze millions. Deux tragédies s'étaient abattues sur eux. La Shoah qui a décimé six millions de Juifs dont la majorité s'exprimaient en yiddish et la glaciation du régime soviétique. 




     
À ses débuts, le stalinisme a donné au yiddish le statut d'une langue nationale, en assignant aux Juifs un territoire en Sibérie, Birobidjan qui fut un échec. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Staline a permis la promotion de cette langue afin de l'utiliser comme instrument de propagande. Mais, en 1945, il a décidé d'éliminer les expressions nationales, poursuivant une politique ouvertement antisémite, assassinant les figures les plus marquantes de la culture yiddish telles que Mikhoels, Bergelson et Markhish. 

Les sionistes s'opposaient farouchement au yiddish et l'État d'Israël adopta l'hébreu comme langue nationale. Or, les juifs orthodoxes, les hassidim considèrent que l'hébreu, langue sacrée, ne doit pas être dégradé par un usage quotidien. Pour eux, la langue parlée ne peut être que le yiddish et c'est eux qui, en Israël et ailleurs dans le monde, enseignent aujourd'hui cette langue dans les écoles qu'ils contrôlent, permettant ainsi de perpétuer son usage. Par ailleurs, les descendants des victimes de la Shoah redécouvrent et cultivent à travers le yiddish, la mémoire d'une culture assassinée. 

Jean Baumgarten mentionne brièvement la présence des locuteurs de cette langue en Amérique du Nord et en Amérique du Sud. Le prix Nobel accordé à l'Américain Isaac Bashevis Singer a consacré le yiddish comme langue d'une littérature qui s'adresse à tous les hommes. 

L'auteur ne parle pas du Canada. Signalons cependant que Montréal fut un grand foyer de cette langue et de la culture qu'elle exprime. Des poètes éminents comme J. E. Segal (traduit en français par Pierre Anctil), Melekh Ravitch, Rachel Korn, des romanciers comme Yehouda Elberg (également traduit pas Anctil), une troupe de théâtre fondée par Dora Wasserman et dirigée aujourd'hui par sa fille Bryna (qui a présenté une traduction des Belles-Soeurs de Michel Tremblay) illustrent la présence de cette langue et de cette culture ici même. 


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